mai 04, 2010

L'Imbécile Mauriac

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... est frappé par l'absence de Dieu chez Proust (1930). Comme si la fonction du roman n'était pas précisément d'absoudre les hommes de ne pas penser à Dieu ? Apparemment Mauriac n'a pas entendu parler de Madame Bovary ; c'était bien la peine que Flaubert passe aux aveux. (...)


En un sens, bien qu'il soit athée, on pourrait presque faire de Diderot le seul romancier chrétien avec sa démonstration que le roman est l'"art du démiurge" ("Jacques Le Fataliste"). Grâce à Diderot, même si le but du Langrois était plutôt de dissoudre l'idée de dieu, on comprend par quelle voie l'homme se fait démiurge, c'est-à-dire créateur du monde. Ici on ne peut s'empêcher de faire la remarque que Diderot doit beaucoup à Pascal, qui avant lui a défini ce que les photographes appellent le "point focal", particule élémentaire subjective dans laquelle Diderot n'aura plus qu'à se glisser ensuite et lui faire subir toutes les variations musicales, à temps et à contretemps, comme "par hasard". Einstein ou Poincaré à l'attention des carreleurs de cercle ont produit le même machin, en moins poétique que Diderot, prédestiné à méduser le cow-boy yankee. Dans l'esthétique nazie, ce n'est pas un point focal mais un diamant noir, matériau identitaire équivalent.

Non, ce qui fait la détestation particulière des chrétiens pour l'oeuvre de Marcel Proust n'est pas le fait qu'il soit romancier mais le fait qu'il haïsse toute forme de critique, poussant Sainte-Beuve jusqu'à l'absurde ou au fétichisme, lui substituant la petite sonate obsédante (mais rassurante pour le bambin, rappel constant de sa mère).

La société est, comme dit Simone Weil, "le domaine irréductible du diable" ; et c'est d'autant plus sensible lorsqu'il s'agit de la musique de chambre et de la société parisienne engoncée dans la collectionnite aiguë de colifichets variés, peut-être même plus encore que dans la grand-messe républicaine nazie en plein air avec concerto super-émouvant de Brutus-Adolf Hitler.

J'avoue tout de même devoir de croire au diable à Mauriac et à ses romans. Il m'a aidé à le sentir, ce qui n'est pas forcément le plus facile comme dit Baudelaire, et le diable s'est incarné d'abord à mes yeux étant gosse dans la bourgeoisie bordelaise chrétienne. Plutôt étonnant qu'en révélant le diable dans quelques-uns de ses romans, pas seulement le "Noeud de vipères" ou "Génitrix", à côté de ça Mauriac ait prôné la hideuse baderne de Gaulle, ajoutant aux principes païens romains de Pétain auparavant ("Travail, Famille, Patrie" - les trois mamelles de la pédérastie) la trahison et la hideur physique.

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