août 13, 2010

Catharsis mon cul !

La question ne se pose plus aujourd'hui de savoir s'il faut évacuer les tragédiens ou les poètes de la cité. Depuis Rome ils bossent pour l'Etat et de toutes façons il n'y en a plus. On peut alors s'interroger sur le sens du débat, toujours aussi vif, autour de la catharsis. (...)


Corneille a une réponse intéressante. Il dit en gros qu'Aristote déconne, qu'il a pris cette position davantage contre Platon que pour défendre son idée de la purification des sentiments de pitié et de terreur :

"Comme il (Aristote) écrivait pour le (Platon) contredire, et montrer qu'il n'est pas à propos de les (poètes) bannir des États bien policés, il a voulu trouver cette utilité dans ces agitations de l'âme, pour les rendre recommandables par la raison même, sur qui l'autre se fonde pour les bannir. Le fruit qui peut naître des impressions que fait la force de l'exemple lui manquait : la punition des méchantes actions, et la récompense des bonnes, n'étaient pas de l'usage de son siècle, comme nous les avons rendues de celui du nôtre ; et n'y pouvant trouver une utilité solide hors celle des Sentences et des discours Didactiques, dont la Tragédie se peut passer selon son avis, il en a substitué une, qui peut-être n'est qu'imaginaire."

En effet rien chez Aristote ne démontre que le spectacle de la pitié et de la terreur permet de purifier l'auditoire de ce genre de sentiments. On pourrait tout aussi bien soutenir, au contraire, que le spectacle des passions les exalte.
La discussion prend alors un tour politique, c'est à dire musical.
Voltaire l'a bien compris qui soutient qu'en effet la lecture de ses pièces a un effet cathartique. Voltaire travaillait pour le Roi, comme Virgile pour l'empereur, comme les académiciens, etc.
La catharsis moderne, c'est du bourrage de crâne, c'est de la politique culturelle, avec Freud pour caution et Nietzsche pour excitant.
Catharsis mon cul !

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Commentaires

Je m'en prendrais plutôt à cette expression de "société du spectacle" qui ne veut rien dire tant qu'on ne distingue pas les jeux du cirque romain ou l'opéra d'une part, les tragédies d'Eschyle et Shakespeare de l'autre, sans oublier Homère, profondément tragique et cathartique au sens où l'entend Aristote ; voyez Achille, sa force, sa gloire, sa pédérastie, ses doutes et... son échec, et purifiez-vous de ses idéaux de brute arriérée sans quoi il vous viendra dans l'Hadès les mêmes remords de toute cette vaine gloire. Achille comme la rose admirable de Shakespeare, qui, à l'état de putréfaction vaut moins que le brin de mauvaise herbe vivace.
- Stendhal et tous les enculés de leur race romantique ont essayé de faire renaître la tragédie : en vain.
Très grec, Shakespeare-Bacon a au contraire le don de montrer que tout le personnel politique, le clergé renégat (T. More) dans son sillage, le crétin Roméo et sa Juliette, sont les jouets de la Fortune qui se rit d'eux avant de les anéantir. Le spectateur qui voit ça, dès lors que ce n'est pas un crétin existentialiste ou identitaire la tête dans le cul, ça peut le dissuader de devenir un nazi ou un libéral lécheur de bottes, un être "inné" ou dont il aurait mieux valu qu'il ne naisse pas, comme dit le Christ à propos de Judas.
Le théâtre grec décrit par Aristote, comme celui de Shakespeare, est un théâtre antisocial, un coup d'épée à travers le rideau des lois : en ce sens il est bien purificateur, puisque toute corruption a une origine sociale ou morale, le socialisme ou le libéralisme réalisant le merdoiement ultime. Les vêtements que portent Adam et Eve symbolisent leur condition humaine infâme.

Écrit par : Lapinos | août 13, 2010

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Merci les mecs, j'ai jamais rien entendu d'aussi sensé sur la tragédie (c'est quasi tragique!)
je retiens qu'il y a spectacle et spectacle et que la tragédie selon l'Aristote de Corneille se peut passer des discours didactiques. Et c'est vrai que Shakespeare s'en passe. Ceci dit, sans le foutre didactique du Lapin j'en serais encore à prendre S pour un romantique ou un baroque comme tous les crétins existentialistes de la synagogue de Satan.

Écrit par : Fodio | août 14, 2010

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La "Poétique" d'Aristote n'est pas un ouvrage didactique comme l'apôtre du romantisme Stendhal le croit et même ses adversaires de l'Académie, défenseurs de la "culture classique" ; l'idée même de culture est incompatible avec le classicisme, c'est une idée romaine et religieuse. On pourrait dire, la culture est forcément alternative, c'est-à-dire soumise à la mode, ET religieuse. Le nazisme (Nitche) est une renonciation à l'art en faveur d'une vérité culturelle ou religieuse.
La "Poétique" est surtout un ouvrage descriptif ; Aristote traite de la tragédie grecque comme il traite des insectes ou des tremblements de terre ; de quoi est faite la tragédie, et non pas tant ce qu'elle doit être. Contrairement à ce que prétend Stendhal, Shakespeare ne sacrifie aucun des éléments essentiels de la tragédie classique. L'art baroque de Racine moqué par Marx est beaucoup plus proche du drame romantique bourgeois. Un artiste baroque qui s'en prend au "temps assassin", ça ne tient pas debout. La nécromancie est baroque puis romantique et le théâtre de Shakespeare tout entier prouve que son auteur n'a aucune envie d'être victime de la mode comme Achille, César, Brutus lui-même, etc.
Le passage le plus stupéfiant de la "Poétique" est celui où Aristote décrit avec des millénaires d'avance la photographie ou le cinéma comme traduisant le goût pour la charogne, prévoyant le malaise de poètes comme Baudelaire ou Delacroix plus tard devant les images photographiques. Le cinéma comme masque mortuaire de la bourgeoisie libérale soumise à la puissance démonique est déjà dans Aristote ! On comprend mieux la tentative du chacal nazi Heidegger de détourner complètement Aristote de son sens aux fins de mieux glorifier la religion de l'Avenir nazie.

Écrit par : Télémaque | août 15, 2010

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Mais comment en sortir ? That is the question. Nous avons pourtant tous erré non impunément sous les mêmes palmiers de Goethe. On m'a fait lire tous ces trucs : Racine, Hugo, Stendhal, et l'interminable procession romantique du dix-neuvième siècle, et les ignobles cochonneries zolatiques, etc. J'ai assisté à des concerts de Beethoven, des opéras de Tchaïkovski, des Pink Floyd, de Wagner, avec sa musique "ardente et despotique" comme disait Baudelaire. Oui, j'ai marché un temps, je le confesse, et puis le sens de la catharsis aristotélicienne s'est en moi peu à peu inversé. Athènes remplaçait Rome. La catharsis, dans son acception actuelle, ne purifie rien du tout, c'est le contraire : elle pollue et elle anesthésie. C'est un venin, une maladie infectieuse qui endort et tue.
Pour en sortir, donc, il faut peut-être observer les oiseaux.
C'était un soir à la table du Timon, un oiseau est entré qui m'a rappelé "cet oiseau des légendes saxonnes qui entre, un soir d'hiver, dans la salle du festin" et dont parlent les Tharaud (Dingley). J'ai suivi du regard ce sombre augure qui me ramenait à la réalité et qui s'en fut, méprisant nos pitoyables orgies. Shylock avait beau me répéter "A = B", oui, je pouvais comprendre : le marché, la dette, le "temps assassin", etc., et puis tout le monde faisait pareil, mais en même temps j'avais décidé de ne plus admettre cette supercherie et j'ai quitté le gueuleton pour aller déféquer. Ca, c'est cathartique.

Écrit par : Porteur | août 17, 2010

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On a tous marché dedans, Porteur, mais certains ont secoué la merde qui leur collait aux pompes (vous sans doute plus que moi). L'ambiguïté de la Catharsis, vous nous l'avez bien fait sentir. Elle peut sauver ou perdre ceux qui veulent l'être. Elle encourage le pur à se méfier et l'impur à se lâcher.

Écrit par : Fodio | août 17, 2010

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La merde est l'accomplissement de la politique selon Shakespeare. Puanteur du Danemark est politique, trahison de l'esprit par l'Eglise, putain qui préfère épouser un roi de chair.

Écrit par : Télémaque | août 19, 2010

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ta gueule sac a merde vous vous prenez tous pour des lumieres mais vous ne parlez que de chier ou de merde....

Écrit par : sandra | juin 23, 2011

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