nov. 11, 2010

Nous sommes tous des collabos

 

Il est bien facile, et dérisoire, après coup, de condamner la collaboration. Nos hommes politiques et leurs amis journalistes adorent ça. On les entend souvent ressasser de pauvres clichés sur ce phénomène très banal à l'époque. Ils rivalisent de grimaces en fustigeant "les heures les plus sombres de notre histoire", ou encore "la barbarie nazie" et autres "horreurs du fascisme". Evidemment tout cela est ridicule et revient à se déclarer contre l'esclavage dans la Grèce antique ou contre la Saint-Barthélémy ou la torture au Moyen-Age, ou même contre la grêle ou les ouragans. Quelle audace, et quel courage !


Je me demande si en quarante je n'aurais pas été collabo car j'adore les gonzesses, le Juliénas et les voitures rapides. Je viens de voir un téléfilm débile qui met en scène un jeune crétin de province que les circonstances rapprochent d'une bande de types de la milice. Bon. Ils picolent ensemble, ils se marrent, tirent des pétasses : la fête. Le gamin est content parce que chez lui, il s'emmerde grave dans une famille résignée dans les privations avec un père qui est un vrai connard qui lui fout des beignes et une mère qui est une chieuse. Il préfère largement aller s'amuser avec ses potes de la milice. Un jour ils lui proposent de rentrer vraiment dans le truc et lui disent qu'il doit aller buter un gros plein de soupe impliqué dans la résistance. Il réfléchit pas trop à cause de la cuite de la veille, et il efface le gros porc à coups de flingue. Il faut se mettre à la place du type : d'un côté une vie à se faire chier dans une famille de merde, avec l'exaltante perspective de reprendre la ferme pourrie du paternel, épouser un boudin et traire les vaches, et de l'autre la fiesta, les putes, les voitures, des beaux costards, et tout cela alors que le pays semble définitivement sous la botte de ces connards de Boches et que de toutes façons tout le monde se tire dessus.

Cela devrait mettre quand même la puce à l'oreille aujourd'hui quand on observe ingénument que ce qui fait courir l'homme moderne, eh ben il faut reconnaître, c'est toujours pareil : la fiesta, les putes, les voitures, des beaux costards, des tocantes à mille dollars, etc. Il n'y a qu'à ouvrir un tabloïd ou faire les magasins de la rue Saint-Honoré, de la Vème avenue ou de la Tverskaïa pour comprendre que le type d'aujourd'hui court toujours comme un couillon après le même, et pourtant si misérable, bouquet de vanités : du cul, des bagnoles, du pognon, la fiesta, les "avantages acquis", etc. C'est vrai, c'est bien le moteur de la société moderne. On peut se demander alors si, sans le savoir, on collabore pas, nous aussi, à une autre saloperie de grande envergure ? Mais : laquelle ?

 

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Commentaires

La politique ne va pas sans morale ni religion, et c'est aujourd'hui le parti socialiste qui joue le rôle (qui n'est pas le sien) joué par le clergé chrétien autrefois. Il en va de la collaboration comme de voler des figues dans le jardin de la voisine ou de proférer des insultes racistes : c'est mal, mais chacun sent bien qu'il en serait capable.
Je vous rejoins, Porteur, parce que comme le dit Marx, la bêtise a une origine morale. Le problème des nazis, c'est qu'ils sont bêtes ; la preuve, Hitler fait de la peinture impressionniste tout en prônant le classicisme. Peindre des monuments comme Hitler, Monet, Turner, Churchill, c'est un truc de bonnes femmes ou d'homosexuels.
La morale, c'est la "mimésis", comme disent les chanoines libéraux histoire d'en remontrer aux prolos : peu à peu, à force d'imiter on devient con comme un singe ou un ordinateur, on se contente d'informations et d'actions psychologiques. La politique est bonne pour les abeilles et les fourmis, espèces statistiques, pleines d'inconscient et subordonnées au hasard ; mais quand l'homme ne progresse pas, lui, il tombe en dessous du singe, comme dans "La Planète des Singes" qui décrit merveilleusement bien la pensée libérale, les suppôts de Satan étant toujours punis, non pas par dieu, mais par où ils ont péché (C'est ce que Shakespeare montre à propos du crétin Thomas More qui tente de faire croire que Ponce Pilate était le meilleur copain du Christ).
Ah oui, bien sûr les Yankees paraissent encore plus débiles que les nazis, comme le souligne leur grand écrivain J. Littell ; et si la loi est vraie selon laquelle les mêmes causes humaines produisent les mêmes effets, enterrer et ré-enterrer les morts d'hier est sans doute la meilleure façon d'aller au trou à reculons.

Écrit par : Lapinos | nov. 11, 2010

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